Qui êtes-vous ?

Je suis spécialiste de la communication depuis plus de 25 ans, prestataire pour les collectivités territoriales et les entreprises pendant plus de 15 ans, ancien élu local à Orléans avec Jean-Pierre Sueur, et directeur de la communication de la ville de Saint-Etienne de 2008 à fin 2011. Pour bien profiter de sa vie professionnelle, il faut alterner des périodes d’action et de réflexion. J’ai aujourd'hui la possibilité de prendre un peu de recul pour analyser le travail accompli, mais surtout pour réfléchir à l’évolution de la communication dans la sphère publique et corporate. Vous trouverez dans ce blog des articles sur la communication publique et territoriale sous toutes ses formes. J’espère que vous serez nombreux à partager cette contribution pour que nous puissions tous ensemble crédibiliser davantage notre métier. Fabrice Van Borren Le 17 novembre 2011

samedi 21 janvier 2012

NAMING, UN ATOUT MAJEUR À NE PAS LAISSER ENTRE TOUTES LES MAINS


Les communicants sont les champions pour enrichir de manière permanente leur vocabulaire. Depuis quelques mois, nous avons vu apparaître le mot anglais « naming » qui a d’abord été utilisé en France dans un contexte sportif, comme le stade de foot du Mans avec « MMArena » (Les Mutuelles du Mans). Depuis, il a été généralisé et peut s’exercer également pour les démarches d’attractivité territoriale, le naming désigne les techniques pour concevoir un nom ou une signature pour une marque, un produit ou une société.

Avec la multiplication des démarches d’image de marque territoriale, le naming devient une « science » qu’il nous faut maîtriser. Un nom, un logo, une signature seront les éléments fondateurs de la nouvelle identité de la collectivité ou de services dérivés. C’est ainsi que certains territoires recherchent une meilleure lisibilité pour améliorer le sentiment d’adhésion, en particulier en direction de leurs habitants.
Donner du sens à une politique territoriale doit faciliter l’adhésion du plus grand nombre, et les inciter à devenir des ambassadeurs territoriaux. Et, si une marque ne remplacera jamais une politique, cette marque saura être un catalyseur sans concurrence.
Il est par conséquent essentiel d’être créatif pour que le nom soit reconnu par tous, et suffisamment distinctif pour qu’il soit parfaitement mémorisable. Tout est important, la sonorité, l’orthographe, l’originalité, la signification, la pérennité au-delà des modes. Il doit simplifier la conception d’un story telling efficace.
Cet exercice est de plus en plus compliqué, et nécessite des professionnels, car une quantité gigantesque de noms de marque ont été déposée à l’INPI (heureusement qu’il existe des classes pour compartimenter cette avalanche de noms !!!), et, cette situation s’est très largement dégradée avec le développement d’Internet. Si vous avez une marque qui n’a pas encore été déposée mais dont vous pouvez démontrer votre légitimité, tout n’est pas perdu !!!

Prenons quelques exemples qui n’ont pas attendu l’apparition du naming pour faire du naming !!! Avec plus ou moins de succès. Et, puis engager une réflexion de naming n’entraîne pas obligatoirement la création d’un nouveau nom.
Le premier exemple n’a pas bénéficié d’une réflexion créative et le paie encore aujourd’hui. Baptisée « Région Centre » en 1956 par les fonctionnaires de l’Etat, ce nom fit débat immédiatement et n’a jamais convaincu (le centre de la France se situe dans la région Auvergne). Et, pourtant aucun responsable politique n’a osé en imposer un autre de peur de déstabiliser une région qui n’a jamais réellement fédéré tous ses acteurs. Ce nom ne favorisait aucune province mais ne dégageait aucune identité. Un demi-siècle plus tard, la question n’a jamais été résolue administrativement, aussi il n’est pas rare de voir apparaître à côté le nom « Val de Loire » pour mieux l’identifier en particulier dans les démarches promotionnelles à l’étranger. Dans les années 90, j’avais travaillé sur ce dossier et j’avais proposé sans succès le nom « Centérois » qui permettait de maintenir le lien avec la dénomination administrative tout en faisant référence à la royauté, thème qui unissait toutes ces provinces.

La région du Nord Pas-de-Calais a décidé en 2008 de créer une marque économique « La créativallée » afin de promouvoir son dynamisme, sa créativité et ses succès. Il fallait redonner envie de la région à tous les entrepreneurs. Cette démarche s’appuie sur les réseaux sociaux et sur un réseau de plus de 1000 ambassadeurs pour faire passer « la bonne parole » et démontrer que la solidarité reste une valeur sûre de la région. Différents outils de communication ont été développés comme les sites Internet « jecree.com », « jereprends.com » ou « jinnove.com ».
Cette marque et ces noms de domaine ont la particularité d’être des noms génériques qui n’expriment pas spécialement le territoire. Ce choix pourrait être considéré comme surprenant car n’importe quel territoire pourrait se revendiquer de cette dénomination. Pourtant en s’accaparant ces noms, la région Nord Pas-de-Calais prive toutes les autres de noms évocateurs, pérennes et parfaitement mémorisables et affirme sa primauté sur des concepts forts. Le Nord Pas-de-Calais est bien en pôle position du dynamisme économique.

En arrivant à la direction de la communication de la ville de Saint-Etienne, j’ai dû réfléchir à une nouvelle stratégie de communication. Ce travail ne pouvait être engagé sans tenir compte de l’agglomération Saint-Etienne Métropole. J’ai immédiatement exprimé mon étonnement devant le nom qui pouvait porter à confusion. Saint-Etienne n’est pas, et n’est pas prête d’être une métropole, elle est une communauté d’agglomération. Naturellement la nouvelle majorité n’était pas responsable de cette situation et n’en faisait pas à juste titre sa priorité. Mais comment voulez-vous que les citoyens s’y retrouvent dans le méli-mélo administratif ? Il ne comprennent déjà pas qui est responsable de quoi, alors si on leur donne des noms qui ne correspondent pas à leur statut juridique … Il faut espérer qu’avec le changement de périmètre géographique, cette agglomération sera trouver un nom qui soit enfin juste et porteur de sens.

Si je vous dis « Agglopolys », savez-vous que derrière ce nom se cache l’agglomération de Blois ? La sonorité, l’orthographe, l’originalité, la créativité répondent aux règles du naming, mais cela donne t-il du sens ? A vous de juger, en tout cas cela nécessite de gros efforts en termes d’actions de communication pour le vulgariser.

A l’opposé certains territoires peuvent se suffire à eux-mêmes et développer leur marque autour de leur nom sans autre palliatif, c’est le cas de la région Bretagne. Inutile de faire de gros efforts pour fédérer les bretons autour de leur nom. La Bretagne a une histoire, une identité, c’est un territoire pays. Il fallait simplement travailler la plateforme de marque autour de ses atouts, démultiplier un sentiment d’âme afin de renforcer sa personnalité. C’est ce qu’à très bien fait le cabinet Co-managing avec leur code de marque (valeurs, positionnement, logotype, signes d’expression, couleurs, mots clés, typographies, vocabulaire, images).

Le naming est un élément de la stratégie de marque, il peut être un atout majeur d’identité pour les territoires qui ont du mal à exister, mais il faut s’en servir avec modération. On a vu avec la région Centre qu’il était difficile de changer de nom, mais beaucoup moins pour toutes les structures touristiques. Par exemple, l’Ille-et-Vilaine a créé sa marque touristique Haute-Bretagne, et les départements du Cher et de l’Indre, leur marque Berry. A chaque fois, ce naming s’est adressé à l’histoire pour donner du sens à la démarche touristique.
D’autres exemples sont plus audacieux, comme celui de Saint-Nazaire qui a conçu en 2010 une nouvelle marque de promotion économique : Audacity et ses ambassadeurs les Audacitizens. Et, malgré les valeurs énoncées qui ont amené à ce résultat, je reste plus circonspect. « L’audace, l’esprit d’équipe, la qualité des hommes, l’échange la circulation des idées, la créativité, les compétences, les savoir-faire, les grandes structures, le goût du travail bien fait, l’eau douce et salée de la Loire et de l’océan », tout cela est certainement juste mais pas suffisamment distinctif surtout lorsque l’on s’appelle Saint-Nazaire. La puissance de la région Nord-Pas-de-Calais peut lui permettre « la Créativallée », « Agglopolys » ou « Audacity » sont plus risqués pour leurs promoteurs.

Le naming concerne aussi les signatures qui accompagnent les territoires. La plupart en ont aujourd’hui une : « L’Originale Franche-Comté », « Nice&Smart », « L’Aisne, it’s open », « Auvergne, nouveau monde », « Strasbourg, the Europtimist », … Mais cela concernera peut-être un autre article.
Il n’y a pas de prospérité sans une marque de confiance, et pas de marque de territoire sans un nom et une signature qui donne du sens à la politique engagée par l’exécutif de la collectivité.