L’intercommunalité existe depuis le XIXème siècle avec les syndicats mixtes, mais n’a pris réellement son envol qu’avec la loi Chevènement de 1999 sur les communautés d’agglomération. 92,9% des communes sont aujourd’hui dans un cadre communautaire, soit 89,3% de la population, et cette montée en puissance du fait intercommunal concrétise les transferts de compétences et de mutualisation entre le groupement de communes et ses communes membres. Il faut rappeler qu’à ce jour, les structures intercommunales ne sont pas des collectivités territoriales à part entière mais de simples établissements publics de coopération intercommunale (EPCI).
La réforme territoriale du gouvernement va dans le sens d’un renforcement de l’intercommunalité sans aller jusqu’à donner aux instances intercommunales une réelle légitimité élective. Et, le toilettage actuel initié dans chaque département par les préfets se fait à marche forcée sans prendre en compte la réelle volonté des citoyens qui ne sont mêmes pas consultés. La volonté gouvernementale de simplifier le paysage local est sain, mais une nouvelle fois il est difficile convaincre sous la contrainte. Et si l’Etat a une responsabilité dans la gouvernance locale, il ne va renforcer la coopération intercommunale que sous un angle technocratique.
Peut-on espérer qu’elles soient crédibles tant que ces structures intercommunales, et en particulier leur président, ne seront pas élus au suffrage universel direct ?
L’appropriation par les habitants ne se fera réellement que le jour où ils choisiront leurs représentants. Nous verrons bien en 2014 si la réforme gouvernementale est suffisante (si elle n’est pas modifiée d’ici là par un changement d’orientation présidentielle). Je n’en suis pas sûr, je défends l’idée qu’il faudrait remplacer nombre de communes par de nouvelles communes de la taille des structures intercommunales actuelles, on éviterait ainsi des blocages et des dépenses dus à de regrettables batailles de clocher. Il faut aussi souligner la disparité entre les EPCI, que de différences entre la communauté urbaine de Lyon et une communauté de communes d’Auvergne !!!
En attendant, l’intercommunalité restera étrangère aux citoyens. Dans ce contexte, il est clair que la communication intercommunale a du mal à trouver sa place, à l’exception des communautés urbaines ou d’agglomération qui ont à leur tête un maire président … et encore ce n’est pas vrai pour toutes. Par peur de mécontenter les maires des « petites communes » l’exécutif communautaire ne gère pas l’EPCI comme il gère sa commune.
Dans une démocratie moderne, il doit avoir un échange permanent entre les dirigeants politiques et les citoyens, or celui-ci n’existe pas dans le cadre intercommunal actuel, la communication n’est pas utilisée comme il faudrait, elle est cantonnée au mieux dans une mise en valeur des services rendus.
Les EPCI étaient peu présentes lors des dernières campagnes électorales car les candidats aux municipales présentaient leurs réalisations sans les rattacher à la démarche intercommunale pour en conserver toute la paternité en particulier dans le monde rural. Cette escroquerie intellectuelle pouvait d’autant plus être aisée qu’aucune communication labellisée communautaire n’avait été développée précédemment. Il est d’ailleurs courant d’entendre les élus locaux affirmer que leurs concitoyens se moquent de savoir qui a réalisé tel ou tel projet. La logique de proximité est à chaque fois retenue sur celle de légitimité. Pour beaucoup d’élus, l’intercommunalité n’était jusque là qu’un outil fonctionnel à la disposition des communes, et la communication qui en était faite était à l’image de cette logique.
C’est une lourde erreur qui ne va pas dans le sens de l’Histoire. Il est indispensable d’avoir une vision d’avenir du territoire « bassin de vie » et par conséquent de mettre en place une politique de communication adaptée et ambitieuse. Une fois encore, on se rend compte que la communication est le reflet de la stratégie politique.
Aujourd’hui la logique de coopération technique prédomine autour des services concrets qui sont offerts aux usagers citoyens (80% des actions de communication), comme par exemple sur les déchets ou les transports. Le projet communautaire, quand il existe, reste un document de travail réservé aux initiés (élus et cadres administratifs).
La communication intercommunale devrait avoir trois objectifs prioritaires :
- Promouvoir le projet de territoire en mettant en place tout d’abord une stratégie d’attractivité et sa déclinaison opérationnelle par la création d’une marque.
- Légitimer la structure intercommunale par les services rendus aux usagers.
- Valoriser les thématiques d’intérêt communautaire dans le cadre d’une coopération avec les communes de la communauté.
La nécessité de communiquer sur les deux derniers objectifs ne doit pas laisser croire que cela suffit pour promouvoir un projet territorial. L’addition d’actions thématiques ne constitue pas les éléments pour créer une image de marque et promouvoir le territoire. Elles sont encore trop souvent mises en place pour légitimer l’action des élus, et non pour créer les conditions d’un projet commun partagé par tous.
En général la communication intercommunale est moins politisée que la municipale, d’ailleurs une majorité de responsables de communication d’EPCI sont rattachés au DGS (plus des 2/3), et non à l’exécutif politique.
Existe t’il un pilote en matière de communication au niveau du bassin de vie, et celui-ci a t’il toute autorité pour mettre en place une stratégie de communication territoriale ? Ce pilotage ne peut être exercé que par la direction de la communication de la structure intercommunale, de la ville centre, ou exceptionnellement d’un comité de pilotage rassemblant les communicants communaux. Le bassin de vie n’est plus au niveau de la commune, mais bien d’un territoire plus large qui peut aller au-delà de la structure intercommunale. Or, c’est bien sur ce bassin de vie qu’il est important de communiquer et de créer une image de marque, vecteur de valorisation d’un projet politique idéalement partagé par l’ensemble des acteurs sociaux et économiques. L’enseignement de mon expérience stéphanoise m’amène à affirmer que la coopération est extrêmement délicate lorsque les règles n’ont pas été très clairement définies dès le début. Lorsque l’on vient travailler, vivre à Saint-Etienne, on ne pense plus à la ville de Saint-Etienne mais au territoire occupé par la ville centre et tout le bassin de proximité. L’agglomération devient naturellement la structure porteuse de l’image du territoire, et par conséquent leader en terme de communication. Malheureusement les décideurs de la ville de Saint-Etienne et de Saint-Etienne Métropole n’ont pas pris acte de cette nouvelle dimension en termes de communication. Chaque direction de la communication devait composer avec l’autre, sans qu’il y ait eu de directives claires sur le rôle de chacune. Il aurait fallu mutualiser les deux directions afin de donner un signe politique fort en faveur de la coopération intercommunale, et ainsi on aurait pu mieux gérer les budgets et mieux renforcer la cohérence territoriale. Un désaccord qui a provoqué mon départ. Dans un cadre mutualisé, la communication municipale doit se cantonner aux actions de proximité et soutenir la structure intercommunale à valoriser le territoire (rubriques dans le magazine municipal, réseau d’affichage, relais d’un événementiel,…).
De plus en plus d’intercommunalités ont les mêmes outils de communication que leur ville centre (magazine, site internet) pouvant provoquer des doublons inutiles. Les exemples des villes et des agglomérations de Rennes et de Besançon sont forts intéressants, les premiers ont décidé d’alterner la parution de leurs magazines avec une mutualisation de leurs services de communication, et les seconds ont mis en ligne deux sites internet en un avec deux services de communication distincts. Il y a donc bien différentes manières de travailler intelligemment pour donner plus d’impact à la communication.
En termes d’organisation on peut imaginer différents dispositifs entre la ville centre et l’agglomération. Si presque toutes les agglomérations ont un service de communication, nous en sommes à moins de 50% dans les communautés de communes. Certains territoires sont aujourd’hui dans une configuration où la mutualisation des directions de la communication est naturelle (Saint-Etienne, Rennes), d’autres que leurs services restent autonomes mais avec des missions bien précises (Besançon), et d’autres encore que se soient la ville centre qui pilote la communication de l’intercommunalité, en particulier lorsque celle-ci est en phase de développement (Valence).
Quelques grandes agglomérations font exception car leurs responsables politiques ont été des visionnaires en ayant bien compris les enjeux stratégiques. Montpellier en est une parfaite illustration, et s’il n’y a pas une entente cordiale entre la ville centre et la communauté d’agglomération, les faits sont là pour démontrer que la seconde s’est bien plus qu’émancipée et qu’elle a acquis le leadership territorial. Tous les grands projets économiques, culturel ou sportifs sont de la compétence intercommunale, sans parler des événementiels les plus porteurs pour l’image montpelliéraine.
Tout est une question de volonté politique et de contexte territorial, les professionnels de la communication s’adaptant au mieux des intérêts du territoire. Là encore, il ne faut pas être dogmatique mais pragmatique et travailler dans le sens qui permette de répondre à l’intérêt général (et un peu à l’intérêt de l’exécutif politique !!!). L’intercommunalité est sur la voie de l’émancipation, la communication doit l’y aider.
Coup de projecteur : Je vous conseille une petite visite sur le site www.jaimonmotadire.fr de la communauté d’agglomération de Maubeuge Val de Sambre !!! Créatif, intelligent, ambitieux tout en étant modeste … et surtout avec la volonté de faire participer les citoyens. Félicitations aux initiateurs du projet.
Sources :
- - Etude « Quelle communication intercommunale pour l’après 2008 ? » par l’Association des Communautés de France et Id Communes (2008)
- - Etude « Quelle communication intercommunale à l’heure de la réforme territoriale » par l’Association des Communautés de France et Epiceum (mars 2011)