Qui êtes-vous ?

Je suis spécialiste de la communication depuis plus de 25 ans, prestataire pour les collectivités territoriales et les entreprises pendant plus de 15 ans, ancien élu local à Orléans avec Jean-Pierre Sueur, et directeur de la communication de la ville de Saint-Etienne de 2008 à fin 2011. Pour bien profiter de sa vie professionnelle, il faut alterner des périodes d’action et de réflexion. J’ai aujourd'hui la possibilité de prendre un peu de recul pour analyser le travail accompli, mais surtout pour réfléchir à l’évolution de la communication dans la sphère publique et corporate. Vous trouverez dans ce blog des articles sur la communication publique et territoriale sous toutes ses formes. J’espère que vous serez nombreux à partager cette contribution pour que nous puissions tous ensemble crédibiliser davantage notre métier. Fabrice Van Borren Le 17 novembre 2011

mercredi 1 février 2012

UNE PRESSE GRATUITE SILENCIEUSE QUI NE CONNAÎT PAS LA CRISE


Plus de cent trente millions de magazines territoriaux sont distribués chaque année en France, ce qui en fait, et de loin, le premier groupe de presse français. Et, pourtant ce phénomène journalistique n’est pas reconnu par le monde médiatique car il a ses propres règles. Il faut dire que son financement est assuré et que sa distribution couvre presque l’ensemble des foyers (en particulier dans un environnement urbain).

Une étude récente, commandée par Cap’Com, a démontré que la presse territoriale avait conquis ses lettres de noblesse par son professionnalisme et qu’elle était aujourd’hui appréciée des français. Il est loin le temps du bulletin municipal où l’on voyait le maire à toutes les pages, et si cette presse est engagée, elle est aussi un magazine d’informations sur le territoire. Son rôle est incontestable malgré la subjectivité évidente due à son éditeur, elle est complémentaire d’une presse locale souvent en position monopolistique.

Au fil du temps nous avons assisté à une dépolitisation croissante de cette presse territoriale afin de modifier en profondeur son image de journal électoraliste. Cette évolution était nécessaire mais a été excessive, car il était logique que l’exécutif de la collectivité puisse utiliser ce support à des fins d’information. La particularité de cette presse est qu’elle dans l’ensemble très positive, il est rare de traiter un sujet qui n’ait pas une solution, ou qui ne présente pas un événement animant le territoire.
Ses principaux objectifs sont :
-        - Faire mieux comprendre les politiques publiques
-        - Valoriser l’action de l’exécutif territorial
-        - Promouvoir les acteurs culturels, sportifs et sociaux
-        - Encourager à la participation citoyenne
-        - Développer un sentiment identitaire

Directeur de la communication de la ville de Saint-Etienne, j’ai eu la possibilité de refondre le magazine municipal, comme élément majeur de la nouvelle stratégie de communication. Comme la plupart de ces journaux, il nous fallait nous le réapproprier pour qu’il ne soit pas un simple city magazine. Nous avons choisi un titre qui parle aux Stéphanois (« Sainté Mag »), un format plus petit qui se rapproche de la presse d’opinion et une ligne éditoriale formatée autour de trois parties distinctes : « Sainté en actions » pour valoriser l’action municipale, « Sainté et Vous » pour parler de la vie de la cité et « Sainté les Quartiers » pour donner un sens à l’action menée au plus près des Stéphanois. Pour être le plus concret et le plus crédible possible, il nous fallait associer toutes les composantes de la municipalité, ainsi nous trouvions dans le comité de rédaction, un représentant du cabinet (le chef de cabinet car il était celui qui était le plus sensibilisé aux questions de communication), des relais communication des principales directions opérationnelles, et naturellement des membres de la direction de la communication. Le maire validait le sommaire, après avoir apporté ses propres suggestions, relisait les textes avant maquettage et signait un BAT avant l’envoi chez l’imprimeur. Et, tout en apportant une attention particulière aux contenus, il laissait à l’équipe de rédaction une grande liberté. Cette conception était intelligente car si le magazine municipal engageait l’exécutif, Maurice Vincent faisait confiance aux professionnels pour faire de « Sainté Mag » un magazine vivant, agréable à lire, équilibré dans ses contenus et ne donnant pas l’impression d’être un support trop partisan.
Dans de nombreuses collectivités, de la taille de la ville de Saint-Etienne, l’équipe de rédaction est constituée de 5 à 10 personnes contre seulement 2 chez nous (accompagnées d’un soutien de pigistes extérieurs). Je tiens à remercier Sophie Delplanque la rédactrice en chef et Eva De Grave pour l’excellence de leur travail et leur implication quotidienne. On ne se rend souvent pas compte de l’énergie qu’il faut déployer pour sortir un mensuel dans les temps avec une équipe aussi légère. Pour des raisons de distribution non exclusive dans toutes les boîtes aux lettres de la ville, nous ne pouvions pas avoir 24 heures de retard. Les délais de rédaction, de fabrication et de diffusion ont un impact certain sur le contenu éditorial, l’actualité ne peut pas toujours être traitée de manière satisfaisante. C’est une des raisons pour laquelle nous traitions rarement d’évènements passés, nous étions davantage dans l’annonce que dans le compte rendu. Une réalité qui pouvait faire naître un débat avec nos amis de la presse locale
Je ne peux faire abstraction de l’expression des groupes politiques car c’est un sujet toujours controversé. Quelle place doit-on laisser à l’opposition ? La loi oblige les magazines territoriaux a laissé un espace, celui-ci est très souvent sous la forme de tribunes libres. Le traitement égalitaire est logique mais ne rend pas attractif ces propos. On pourrait imaginer que cette expression démocratique soit sous la même forme que tous les autres articles du magazine, un publi-rédactionnel en quelque sorte. Et, si des progrès ont été réalisés, je pense que tout le monde aurait à y gagner d’être plus imaginatif.
En ce qui concerne la publicité, nous avions opté à Saint-Etienne de la supprimer. Nous réservions des espaces pour la communication de la ville et des structures associatives partenaires. Le modeste rendement financier ne méritait pas que l’on consacre une partie de la pagination à de la publicité commerciale, sans compter le manque à gagner pour les journaux locaux vendus en kiosque.
Enfin, nous avions dès la première parution mise en ligne une version web « Saintémag.fr), identique dans le contenu éditorial mais animée par la présence de vidéos. A terme nous voulions en faire un support totalement autonome, mais pour ne pas donner la possibilité de créer une nouvelle tribune à l’opposition, le projet a été repoussé.
                                       
Pour conclure cet article, je souhaiterais apporter ma contribution sur deux évolutions qui n’ont pas vu le jour à Saint-Etienne.
La première concerne la périodicité. La très grande majorité des magazines municipaux sont mensuels, et comme nous l’avons vu précédemment posent le problème de la pertinence de l’actualité. Entre le moment où nous élaborons le sommaire d’un numéro et sa diffusion, il peut s’écouler 45 jours. C’est naturellement une durée trop longue mais que l’on ne peut techniquement diminuer. Un hebdomadaire ou un bi-mensuel pourraient être plus performants à la condition de réduire la pagination. L’actualité serait ainsi traité dans sa globalité et permettrait de tenir parfaitement informer les citoyens. Cette modification de la périodicité nécessiterait une équipe rédactionnelle et un budget plus importants pour des raisons de diffusion. La démocratie a un coût qu’il faut accepter si nous voulons des citoyens engagés dans leur cité.
La seconde évolution concerne l’émetteur. Jusqu’à présent cette information locale est bien souvent sous la responsabilité des communes. Des structures intercommunales s’y sont mises récemment, avec le risque de doublon vis-à-vis des magazines municipaux du territoire, sans compter la question des coûts que nous ne pouvons pas occulter en raison de la situation financière des collectivités. Et, pourtant cette dimension est incontournable, tous les grands projets sont portés par l’agglomération ou par le groupement de communes. Je soutiens deux hypothèses déjà mises en pratique qui me paraissent toutes les deux être pertinentes et qui doivent être choisies en fonction de la situation locale. A Quimper, ils ont retenu le magazine d’agglomération qui intègre un cahier municipal, permanent ou non, pour les communes qui le souhaitent. Et à Rennes, le magazine de l’agglomération est diffusé en alternance avec celui de la ville. Je serais heureux qu’à Saint-Etienne, qui n’a pas de magazine d’agglomération, retienne une de ces deux initiatives, la seconde ayant l’avantage d’être plus économe.

La presse écrite territoriale a de beaux jours devant elle si elle continue à se professionnaliser, si elle sait faire le partage équilibré entre l’information politique de l’exécutif et les « news » des acteurs du territoire et si elle tient compte les bassins de vie. Et même si Internet prend de plus en plus de place dans notre vie, il n’est pas d’actualité qu’il détrône cette presse écrite qui arrive gratuitement dans notre salon. Il y a encore de belles aventures humaines à narrer dans nos territoires pour animer nos longues soirées d’hiver !!!