La
décentralisation s’intensifie avec la nouvelle carte de l’intercommunalité.
Jusqu’à présent la communication des communautés urbaines, d’agglomération ou
de communes était axée sur une communication sur les services à la population.
Ce temps est derrière nous avec l’installation des nouveaux exécutifs. Il va
falloir engager de nouvelles priorités en matière de communication
communautaire. Certaines structures intercommunales vont même changer de nom et
de périmètre entraînant un changement d’identité auprès des forces vives et des
habitants. D’autres (et peut-être les mêmes) vont revoir leurs démarches de
promotion de leur territoire en accédant à une politique de marketing territorial.
Et puis, en ces temps de disette budgétaire, nous allons certainement assister
à une redistribution des budgets alloués à la communication entre la ville et
la communauté car qui dit nouvelle gouvernance dit nouvelles priorités et
nouvelle organisation.
Territoire,
le mot est devenue une icône pour tous ceux qui ont une responsabilité économique,
sociale, culturelle ou promotionnelle dans nos collectivités. Cet espace
référent appartient à tous et tous doivent définir une vision de celui-ci. Dans
le même temps, nous sommes confrontés à une crise de la représentativité qui
complique le travail de co-production et de communication car comment s’appuyer
sur un leader sans légitimité. De plus l’individualisme et le communautarisme
ont relégué le sentiment collectif au second plan. C’est aussi parce que le
politique a perdu de son autorité « morale » que nous connaissons ce
délitement continu du lien social dans la Cité.
Je défends
l’idée qu’il faut par conséquent reprendre l’initiative et utiliser cette incontournable
politique publique territoriale pour redonner du sens à l’action politique. L’acteur
politique accepte de ne plus être le leader, celui qui impose sa vision, mais un
coordinateur d’une démarche coproduite, il rentre dans le rang pour mieux
rebondir car il reste indispensable à toute démarche collective. Ce marketing
territorial sera collectif ou ne sera pas.
La crise de
représentativité des élus locaux peut reculer si ceux-ci recréent un ciment
social qui les légitime. Or, les intercommunalités qui n’ont toujours pas de
légitimité démocratique, malgré le changement électoral, vont devoir démontrer
leur utilité au-delà des compétences « techniques » qu’elles ont
acquises. Toutefois elles sont en train d’acquérir cette autorité en raison de
leur capacité financière et de l’étendue de leurs compétences, et vont alors
pouvoir affirmer haut et fort leur légitimité. C’est en proposant une vision du
territoire et par conséquent le redressement du sentiment collectif qu’elles y
arriveront. Elles doivent se faire entendre par une parole politique qui
s’appuie sur le patrimoine culturel, les aspirations des habitants et des
acteurs économiques et sociaux du territoire. La communication peut alors
entrer dans le jeu.
Dans une
vision traditionnelle de l’organisation des collectivités, le maire est le
mieux placé pour tenir le rôle de chef d’orchestre. La situation actuelle qui a
vu une relative perte de confiance entre le maire et ses administrés (la
rupture électorale lors des municipales a été cinglante) et l’évolution des
pouvoirs entre la ville et la structure intercommunale m’amènent à penser que
l’exécutif communautaire va devoir jouer un rôle majeur dans l’affirmation
d’une identité territoriale qui
s’opposerait à une tendance d’auto-organisation des administrés en dehors de
toute notion de territorialité.
La démocratie
participative est fondamentale dans la survie du territoire, elle ne peut être
un jeu de rôle où chacun fait semblant qu’il est un rouage essentiel. Elle doit
se rapprocher des formes d’organisation communautaire que l’on voit se
développer dans la société civile. Le citoyen n’est pas qu’un usager de la Cité
et les élus ne sont pas que des représentants d’une catégorie d’administrés.
L’agglomération
peut avoir une image, une notoriété sans être une marque. Elle en devient une
lorsqu’elle exprime un système de valeurs de compétence (excellence, qualité,
esprit d’équipe), de conquête (innovation, ambition, succès, performance), de
conduite (tradition, passion, responsabilité), sociétales (environnement,
durabilité), relationnelles (respect, confiance), morales (éthique, intégrité),
d’épanouissement, sociales (égalité, équité, amélioration de la qualité de
vie), ou de dépassement (innovation, partenariat) à travers des actions
cohérentes. La marque est avant tout au service d’une stratégie de développement
économique, compétence à part entière de l’agglomération. Les valeurs vont
permettre de donner du sens à l’action politique et par conséquent de
« faire sens », en incitant les acteurs à aller dans une direction
commune. Dans le cadre de la concurrence entre les territoires, l’identité est
un élément d’attractivité pour le monde économique. Il faut attirer les
investisseurs et cette action est d’autant plus profitable qu’elle a réussi à
entraîner, mobiliser les forces vives.
A cette
dimension traditionnelle de l’attractivité, il faut ajouter la transition
numérique. Je suis persuadé qu’elle va générer de nouveaux espaces
démocratiques et de nouveaux liens entre les administrés et leurs
représentants. La Smart City (au niveau de l’agglomération ou de la communauté
urbaine) va être un enjeu des années à venir et un élément majeur
d’attractivité. Innovation, efficacité, partenariat, interactivité, durabilité,
une vision territoriale va voir le jour autour de ces dynamiques. Les villes et
les agglomérations, qui seront les premières à s’engager dans cette voie et qui
sauront établir une stratégie numérique, verront prospérer leurs atouts et
renforcer leur attractivité aussi bien vers leurs administrés que vers les
agents extérieurs.
La
communication, malgré une critique facile et généralisée dès qu’il y a une
insuffisance démocratique, est légitime et doit être considérée comme une
politique publique. Il ne peut y avoir de bonne communication que si il y a une
bonne politique qui propose une vision coproduite du territoire. Il faut donc
espérer que d’ici quelques mois nous verrons une « révolution »
métropolitaine afin de bouleverser la vie en ville et la vie de la ville.
Nouvelles technologies et communication seront à coup sûr au cœur de la
dynamique urbaine pour proposer une nouvelle vision territoriale.