La question peut être
légitimement posée lorsque l’on voit l’évolution des medias, et la concurrence
à laquelle se trouvent confrontés les journalistes pour informer nos
concitoyens. Existe t-il une menace sur le rôle des journalistes et sur leur
légitimité ? Le prime time veut-il encore dire quelque chose lorsque
l’information est brassée, décortiquée à chaque instant ? Sans oublier que
la 1ère société mondiale d’informations n’est plus un groupe de
presse mais le fournisseur d’accès Google.
De nouvelles pratiques
de communication ont vu le jour avec le web 2.0., le brand content (ou Contenu
de marque) permet aujourd’hui à la collectivité de mieux maîtriser ses
contenus, et par la-même à plus facilement développer « sa marque
territoriale ». Le métier d’attaché de presse est directement impacté par toutes
ces évolutions de désintermédiation.
Le monde médiatique
traditionnel (presse d’opinion, PQR, radio, tv) a été confronté à une explosion
de la concurrence à travers la presse gratuite et surtout l’Internet
contributif. Le Web 2.0. engendre jour après jour de plus en plus de blogueurs,
d’éditeurs, d’amateurs en mal de reconnaissance médiatique. Pour ne pas rester
inactifs, les medias ont déjà pris certaines mesures en complétant leur offre
et en intégrant la blogosphère. Ils ont créé des sites internet d’information
et leurs journalistes ont bien souvent leur propre compte Twitter. Des agences
de presse spécialisées se sont d’ailleurs créées. Ainsi, les professionnels de
l’information répondent de façon différenciée aux exigences de leurs
« clients » par une multiplicité de la vitesse d’intervention. Ce
nouveau paysage oblige aujourd’hui les services presse des collectivités à
modifier leur stratégie de relations presse.
Si les objectifs
d’information ne varient pas, la multiplicité des acteurs nécessitent des
approches différentes. Il faut davantage personnaliser son message pour
intéresser un maximum de diffuseurs. Chaque réseau social à ses codes de
communication, Twitter et Facebook ne traitent pas les messages de la même
façon. Un blogueur sera certainement plus difficile à intéresser qu’un
journaliste professionnel.
Ainsi, la marque
territoriale doit générer des contenus qui soient adaptés et partageables.
L’attaché de presse du XXIème siècle est par conséquent plus qu’un émetteur
d’informations, il devient davantage un producteur de contenus, un acteur dans
le jeu politico-médiatique. Cette évolution qualitative n’empêche pas celui-ci
de rester l’interlocuteur privilégié des journalistes, celui qui a créé une
relation de confiance. Le journaliste ne peut pas être ignoré, même s’il n ‘est
plus le seul à acquérir ces contenus. La situation est cependant paradoxale, un
groupe d’acteurs plus diffus qui devrait rendre la diffusion de l’information
plus compliquée et qui, au contraire, lui permet de mieux la maîtriser. Un
exemple d’actualité permet de bien comprendre ce paradoxe. Lors de cette
campagne des élections présidentielles, les équipes de communication des
candidats proposaient les images sous prétexte de contraintes techniques, et
par conséquent les contenus, qu’elles voulaient diffuser à l’occasion des meetings.
Les missions des
services presse des collectivités territoriales se diversifient, ils peuvent
diffuser de l’information directement sans passer par le filtre des journalistes,
à partir des outils web de la direction de la communication, mais aussi de tous
les réseaux sociaux pour lesquels la présence de l’institution est
indispensable. Produire ou co-produire gratuitement des contenus (textes, photos,
vidéos, wikis,…) au plus grand nombre est une réalité quotidienne pour un
service de presse légitime. Il faut par conséquent les connecter aux services
web des DCO et développer de nouvelles unités éditoriales. Un transfert de
compétences est la résultante de cette révolution de l’information où l’on est
passé d’un web de diffusion à un web social de flux. Le coeur de notre système
d’information se retrouve dans les pôles multimédia qui restent encore les plus
démunis de nos directions de la communication. Il n’y a rien d’infamant pour
les attachés de presse et leurs assistants de revisiter leur métier, et de se
rendre compte de tout ce qui les rapproche des community manager (ou animateurs
de communautés). Argumenter, synthétiser, vulgariser, avoir le sens de la
diplomatie restent les qualités nécessaires pour être vu sur la Toile par les
journalistes professionnels et les blogueurs. L’attaché de presse doit devenir
un animateur dont son carnet d’adresses n’est plus simplement constitué de
quelques dizaines de journalistes mais de milliers de contributeurs et
prescripteurs qui créent de la valeur ajoutée pour l’ensemble des membres
intéressés par la communauté territoriale. Il se retrouve devant la question
existentielle de décider à qui, sous quelle forme et quand il doit diffuser son
information.
Les journalistes ne
sont plus les uniques fenêtres sur le monde. Cette révolution numérique et
médiatique est une chance pour impliquer un plus grand nombre de citoyens à la
vie de leur territoire en raison de cet
appétit d’information et de connaissances. Il faut savoir saisir ce nouveau
monde pour réexaminer nos moyens de communication. Ce n’est pas la disparition
du communiqué de presse ou de la conférence de presse, mais leur importance est
toute différente. Il faut ajuster les moyens consacrés à l’information et tenir
compte des comportements et usages des citoyens. Il faut être plus réactif,
plus créatif, plus contributif et imaginer de nouvelles narrations numériques
(ex. le motion design). Le contrôle de l’information n’est plus possible et rend
plus nécessaire des stratégies de communication de crise afin de parer à toute
information malhonnête, inexacte et volontairement déstabilisatrice. La
présence de journalistes professionnels sera alors appréciée s’ils ont les
moyens de mettre en perspective, d’explorer, d’analyser et par conséquent
d’apporter un jugement neutre et légitime. Ils seront alors en quelque sorte
les pompiers de la réputation de la collectivité et de son exécutif.
L’abondance de
l’information et l’hétérogénéité des sources peuvent entraîner le risque communautaire
en raison d’une propagation de messages parcellaires, de rumeurs et de
mensonges. Nous assisterons alors à la disparition d’une culture commune.
Comment conserver un esprit critique ? Comment être sûr de la pertinence
de l’information ? Une nouvelle gouvernance est à explorer. C’est aussi la
chance pour un journalisme de qualité, un journalisme d’investigation, de
valeur ajoutée. Le journaliste aura pour mission de mieux faire comprendre la
Cité et les enjeux qui l’accompagnent, de créer du lien social. C’est un expert
sur qui on peut s’appuyer pour valider l’information qui circule. A lui de
saisir cette fabuleuse opportunité et de maintenir le lien privilégié avec les
collectivités et leur correspondants historiques que sont les attachés de
presse.
Une société
démocratique aura toujours besoin de filtres et de médiateurs. Aux journalistes
et aux attachés de presse de retrouver de la pertinence, de la créativité, de
la légitimité et de tenir compte de la forme et de la vitesse à laquelle
l’information doit être diffusée.
Le 1er mai
2012