Qui êtes-vous ?

Je suis spécialiste de la communication depuis plus de 25 ans, prestataire pour les collectivités territoriales et les entreprises pendant plus de 15 ans, ancien élu local à Orléans avec Jean-Pierre Sueur, et directeur de la communication de la ville de Saint-Etienne de 2008 à fin 2011. Pour bien profiter de sa vie professionnelle, il faut alterner des périodes d’action et de réflexion. J’ai aujourd'hui la possibilité de prendre un peu de recul pour analyser le travail accompli, mais surtout pour réfléchir à l’évolution de la communication dans la sphère publique et corporate. Vous trouverez dans ce blog des articles sur la communication publique et territoriale sous toutes ses formes. J’espère que vous serez nombreux à partager cette contribution pour que nous puissions tous ensemble crédibiliser davantage notre métier. Fabrice Van Borren Le 17 novembre 2011

lundi 14 mai 2012

LETTRE A UN DIRCOM*



Mon cher Marc,
Suite à ton dernier article sur ton blog (http://thebaultmarc.expertpublic.fr/2012/05/13/existe-t-il-une-communication-locale-de-droite-et-une-de-gauche/) j'ai souhaité d'apporter ces quelques commentaires.

Je ne sais pas si il existe une communication de droite et une communication de gauche, ce que je sais par contre c'est qu'il y a une politique de droite et une politique de gauche, même dans les collectivités territoriales.

De cette remarque initiale, je tirerai 4 enseignements :
1) Un directeur de la communication est un acteur engagé. Il ne peut pas être neutre. Il se doit par le contrat qu'il a avec son exécutif de valoriser l'action de celui-ci. Comment peut-il alors ne pas adhérer aux orientations politiques de son employeur ?

2) La direction de la communication qu'il anime a deux missions principales : valoriser l'action de l'exécutif et promouvoir le territoire. C'est ainsi que cette direction ne peut pas être totalement politique. Cette complexité peut d'ailleurs poser quelques difficultés avec le cabinet qui a naturellement une autre perception de la communication.

3) Aussi, si le dircom est engagé, sa direction, et par conséquent ses collaborateurs, n'a pas cette obligation. Elle est une direction opérationnelle de la collectivité comme toutes les autres directions.

4) Enfin, un dircom doit être dans l'action mais pas au coeur de l'action. Il doit avoir un certain recul, une capacité de réaction pour aider l'exécutif à faire les bons choix pour valoriser au mieux son action. Je défends alors l'idée que le dircom peut-être fou du roi mais pas courtisan, fidèle assurément mais critique, engagé mais pensant différemment, expert mais pas militant.

Je dois t'avouer que je n'ai pas toujours compris l'objectif de ta lettre ouverte au nouveau Président, et par conséquent les commentaires qui l'ont accompagnée. Toutefois, comme toujours, elle suscite le dialogue ... N'est-ce pas ce que tu recherchais avant tout !!!

Amicalement
Fabrice

* Marc Thébault : Directeur de la communication de la communauté d'agglomération de Caen la mer


mardi 1 mai 2012

DES RELATIONS PRESSE, POURQUOI FAIRE ?


La question peut être légitimement posée lorsque l’on voit l’évolution des medias, et la concurrence à laquelle se trouvent confrontés les journalistes pour informer nos concitoyens. Existe t-il une menace sur le rôle des journalistes et sur leur légitimité ? Le prime time veut-il encore dire quelque chose lorsque l’information est brassée, décortiquée à chaque instant ? Sans oublier que la 1ère société mondiale d’informations n’est plus un groupe de presse mais le fournisseur d’accès Google.
De nouvelles pratiques de communication ont vu le jour avec le web 2.0., le brand content (ou Contenu de marque) permet aujourd’hui à la collectivité de mieux maîtriser ses contenus, et par la-même à plus facilement développer « sa marque territoriale ». Le métier d’attaché de presse est directement impacté par toutes ces évolutions de désintermédiation.

Le monde médiatique traditionnel (presse d’opinion, PQR, radio, tv) a été confronté à une explosion de la concurrence à travers la presse gratuite et surtout l’Internet contributif. Le Web 2.0. engendre jour après jour de plus en plus de blogueurs, d’éditeurs, d’amateurs en mal de reconnaissance médiatique. Pour ne pas rester inactifs, les medias ont déjà pris certaines mesures en complétant leur offre et en intégrant la blogosphère. Ils ont créé des sites internet d’information et leurs journalistes ont bien souvent leur propre compte Twitter. Des agences de presse spécialisées se sont d’ailleurs créées. Ainsi, les professionnels de l’information répondent de façon différenciée aux exigences de leurs « clients » par une multiplicité de la vitesse d’intervention. Ce nouveau paysage oblige aujourd’hui les services presse des collectivités à modifier leur stratégie de relations presse.
Si les objectifs d’information ne varient pas, la multiplicité des acteurs nécessitent des approches différentes. Il faut davantage personnaliser son message pour intéresser un maximum de diffuseurs. Chaque réseau social à ses codes de communication, Twitter et Facebook ne traitent pas les messages de la même façon. Un blogueur sera certainement plus difficile à intéresser qu’un journaliste professionnel.
Ainsi, la marque territoriale doit générer des contenus qui soient adaptés et partageables. L’attaché de presse du XXIème siècle est par conséquent plus qu’un émetteur d’informations, il devient davantage un producteur de contenus, un acteur dans le jeu politico-médiatique. Cette évolution qualitative n’empêche pas celui-ci de rester l’interlocuteur privilégié des journalistes, celui qui a créé une relation de confiance. Le journaliste ne peut pas être ignoré, même s’il n ‘est plus le seul à acquérir ces contenus. La situation est cependant paradoxale, un groupe d’acteurs plus diffus qui devrait rendre la diffusion de l’information plus compliquée et qui, au contraire, lui permet de mieux la maîtriser. Un exemple d’actualité permet de bien comprendre ce paradoxe. Lors de cette campagne des élections présidentielles, les équipes de communication des candidats proposaient les images sous prétexte de contraintes techniques, et par conséquent les contenus, qu’elles voulaient diffuser à l’occasion des meetings.

Les missions des services presse des collectivités territoriales se diversifient, ils peuvent diffuser de l’information directement sans passer par le filtre des journalistes, à partir des outils web de la direction de la communication, mais aussi de tous les réseaux sociaux pour lesquels la présence de l’institution est indispensable. Produire ou co-produire gratuitement des contenus (textes, photos, vidéos, wikis,…) au plus grand nombre est une réalité quotidienne pour un service de presse légitime. Il faut par conséquent les connecter aux services web des DCO et développer de nouvelles unités éditoriales. Un transfert de compétences est la résultante de cette révolution de l’information où l’on est passé d’un web de diffusion à un web social de flux. Le coeur de notre système d’information se retrouve dans les pôles multimédia qui restent encore les plus démunis de nos directions de la communication. Il n’y a rien d’infamant pour les attachés de presse et leurs assistants de revisiter leur métier, et de se rendre compte de tout ce qui les rapproche des community manager (ou animateurs de communautés). Argumenter, synthétiser, vulgariser, avoir le sens de la diplomatie restent les qualités nécessaires pour être vu sur la Toile par les journalistes professionnels et les blogueurs. L’attaché de presse doit devenir un animateur dont son carnet d’adresses n’est plus simplement constitué de quelques dizaines de journalistes mais de milliers de contributeurs et prescripteurs qui créent de la valeur ajoutée pour l’ensemble des membres intéressés par la communauté territoriale. Il se retrouve devant la question existentielle de décider à qui, sous quelle forme et quand il doit diffuser son information.

Les journalistes ne sont plus les uniques fenêtres sur le monde. Cette révolution numérique et médiatique est une chance pour impliquer un plus grand nombre de citoyens à la vie de leur territoire en  raison de cet appétit d’information et de connaissances. Il faut savoir saisir ce nouveau monde pour réexaminer nos moyens de communication. Ce n’est pas la disparition du communiqué de presse ou de la conférence de presse, mais leur importance est toute différente. Il faut ajuster les moyens consacrés à l’information et tenir compte des comportements et usages des citoyens. Il faut être plus réactif, plus créatif, plus contributif et imaginer de nouvelles narrations numériques (ex. le motion design). Le contrôle de l’information n’est plus possible et rend plus nécessaire des stratégies de communication de crise afin de parer à toute information malhonnête, inexacte et volontairement déstabilisatrice. La présence de journalistes professionnels sera alors appréciée s’ils ont les moyens de mettre en perspective, d’explorer, d’analyser et par conséquent d’apporter un jugement neutre et légitime. Ils seront alors en quelque sorte les pompiers de la réputation de la collectivité et de son exécutif.

L’abondance de l’information et l’hétérogénéité des sources peuvent entraîner le risque communautaire en raison d’une propagation de messages parcellaires, de rumeurs et de mensonges. Nous assisterons alors à la disparition d’une culture commune. Comment conserver un esprit critique ? Comment être sûr de la pertinence de l’information ? Une nouvelle gouvernance est à explorer. C’est aussi la chance pour un journalisme de qualité, un journalisme d’investigation, de valeur ajoutée. Le journaliste aura pour mission de mieux faire comprendre la Cité et les enjeux qui l’accompagnent, de créer du lien social. C’est un expert sur qui on peut s’appuyer pour valider l’information qui circule. A lui de saisir cette fabuleuse opportunité et de maintenir le lien privilégié avec les collectivités et leur correspondants historiques que sont les attachés de presse.

Une société démocratique aura toujours besoin de filtres et de médiateurs. Aux journalistes et aux attachés de presse de retrouver de la pertinence, de la créativité, de la légitimité et de tenir compte de la forme et de la vitesse à laquelle l’information doit être diffusée.

Le 1er mai 2012