En cette fin de
période de vœux que faut-il encore penser de cette tradition républicaine qui
veut que nos élus aillent à la rencontre de leurs concitoyens … et surtout de
ceux qui constituent le microcosme institutionnel ou « forces vives »
(élus des autres collectivités, responsables économiques et associatifs,…).
Avec les différentes
réformes de décentralisation les élus ont eu besoin d’une plus grande
visibilité et ces cérémonies sont devenues un temps fort de la vie locale, un
moment où le représentant du peuple se sent investi d’une mission. Les budgets
de communication ont alors explosé, rien n’était assez beau pour valoriser les
élus bâtisseurs. Il faut avouer que c’était aussi un temps fort pour les communicants,
ils pouvaient montrer à tous leurs talents créatifs. Fini la simple cérémonie
conviviale, vive le spectacle « son et lumière » … artistes sur
scène, films les plus délirants, buffets gargantuesques. Il fallait chaque
année surprendre son auditoire, et surtout faire mieux que la collectivité
voisine, car ces cérémonies de vœux permettent aux uns et aux autres de se
revoir plusieurs fois en l’espace de quelques jours.
Lorsque je suis arrivé
en 2008 à la ville de Saint-Etienne, le budget consacré aux vœux (le personnel
ne pouvait pas être oublié si bien que chaque collectivité n’organise pas une
mais deux cérémonies) dépassait allègrement les 100 000 euros. Avec le maire
Maurice Vincent, nous avons réduit par quatre le budget. Comment pouvait-on continuer
à de telles dépenses dans une période où l’on demandait à tous de faire des
économies ? La question de la suppression des cérémonies des vœux a même
été posée. La réponse fut négative, il fallait perpétuer cette tradition
républicaine mais la transformer et revenir à beaucoup plus de sobriété.
L’objectif des deux cérémonies est globalement le même : une rencontre
avec les acteurs du territoire afin de faire un point précis du projet
politique en cours de réalisation et un moment d’échange convivial. Une autre
image de la collectivité devait être présentée.
A partir de mon
expérience de directeur de la communication de la ville de Saint-Etienne, je
formulerai les propositions suivantes :
1) Réduire le nombre de cérémonies
Si je devais conserver qu’une seule
cérémonie je privilégierai celle des
vœux au personnel de la collectivité. C’est un moment unique pour valoriser le
travail de fourmi et les initiatives de l’année réalisés par les agents.
Toutefois je ne crois pas qu’il soit nécessaire de faire venir des pom-pom
girls ou une troupe brésilienne (la ville d’Orléans a dépensé cette année
52.000 euros pour les vœux au personnel municipal). Les agents sont en première
ligne pour subir les contraintes financières de la crise, inutile de vouloir
les éblouir par des paillettes. A Saint-Etienne nous nous appuyâmes sur la
thématique annuelle DD pour animer la soirée.
Réduire les coûts c’est aussi regrouper
les manifestations institutionnelles. Dans un chef lieu de département, on peut
se retrouver aux vœux du Préfet, des Présidents du Conseil régional, du Conseil
général, de l’agglomération et des principaux maires, soit une dizaine de
soirées en trois semaines !!! Je suis persuadé qu’avec un peu de
créativité et de bon sens, il serait possible de diminuer de moitié. Par
exemple, l’agglomération et les maires pourraient ne faire qu’une seule
cérémonie, et la Préfecture avec le
Conseil général (ils sont souvent dans les mêmes locaux). Cela ne pourrait que
renforcer les liens entre les uns et les autres.
2) Optimiser la communication
Pour une plus grande cohérence en terme
d’image, ces cérémonies nécessitent une action de communication associée à
celle plus générale des vœux à la population. C’est un temps fort pour la
collectivité, en particulier lorsque l’on commence à se rapprocher des
échéances électorales et que l’on souhaite présenter ses premières
réalisations.
La carte de vœux et d’invitation papier
n’est plus indispensable, la créativité numérique est bien moins coûteuse. Il
faut cependant faire très attention à ce que l’e-card soit lisible par le plus
grand nombre. Une trop grande prouesse technique peut être un échec populaire.
L’utilisation des
« mass-media » (affichage 4x3, panneaux municipaux électroniques,
magazine) est difficile car le cercle des invités est très souvent restreint,
dans le cas contraire où toute la population est invitée (ce qui est
extrêmement rare dans les grandes collectivités) il ne faut surtout pas hésiter
à investir ces media.
3) Revisiter l’organisation des cérémonies
Le temps des « grandes
messes » à l’américaine, des shows sophistiqués est derrière nous, chacun
doit retrouver raison. La nécessaire recherche d’économies doit amener une
réflexion approfondie sur le concept des vœux. Pour ce qui me concerne, ces
cérémonies doivent être informatives, participatives, récompensatoires, et
conviviales.
Pour introduire la soirée il peut être
présenté un film d’une dizaine de minutes qui revient sur l’année écoulée.
Ensuite, afin de garder un auditoire à l’écoute il est nécessaire de limiter la
parole en nombre d’intervenants et en temps de parole. Le principal
intervenant, et même si possible l’unique, doit être le maire ou le président
de la collectivité. Celui-ci doit faire partager son action aussi bien en terme
de bilan que de projet. Dans certaines conditions, il peut être intéressant de
laisser d’autres élus intervenir afin de valoriser l’équipe soit en direct,
soit à travers une video. Il faut aller à l’essentiel, ne pas vouloir rentrer
dans le détail, le public doit ressortir avec une vision claire de l’action
engagée. Si celui-ci a été invité on peut parfaitement imaginer une prise de
parole dans la salle sans risquer la controverse.
Ces cérémonies sont aussi l’occasion de
remercier et de valoriser des agents ou acteurs de la Cité. Un nombreux public
est une caisse de résonnance puissante pour montrer comment l’exécutif sait
renvoyer l’ascenseur, cela fait partie de la nouvelle gouvernance.
Enfin, une soirée des vœux ne peut se
terminer sans un moment de convivialité. Il est important de ne pas négliger le
buffet cocktail, car il peut faire du tord à la première partie politique de la
soirée. La crise financière reconnue par tous permet d’éviter l’opulence. Il
vaut mieux négliger quelque peu la qualité pour maintenir la quantité… Il n’est
jamais bon de quitter une telle soirée en ayant faim !!! Une partie
musicale sera la bienvenue pour les vœux au personnel de la collectivité. Dans
tous les cas nous recommandons de ne pas hésiter à faire appel à des
associations, des écoles du territoire, les coûts seront réduits et la présence
d’acteurs locaux sera extrêmement bien perçue. Tout doit être fait pour donner
envie aux uns et aux autres de prolonger ce moment de convivialité et de
rencontre avec les élus (car naturellement ils sont tous là !!!, combien
de fois ai-je vu certains élus être absents ou s’éclipser dès la fin du discours).
En conclusion, les cérémonies de vœux
ne sont pas prêtes de disparaître car elles restent un moment rare de rencontre
entre les élus et les forces vives du territoire (attention de na pas inviter
toujours les mêmes). Il faut simplement se serrer quelque peu la ceinture (et
le faire savoir) pour rester dans des budgets « raisonnables »
(certains trouveront toujours que ces dépenses sont superfétatoires) et adaptée
à la collectivité. Rythmée, épurée, conviviale sont les trois ingrédients pour
présenter un évènement de qualité, aux élus de faire le reste !!!