Les responsables politiques, de droite comme de gauche, fonctionnent très souvent en réseau, or aujourd’hui ils ne sont plus les seuls. Avec les réseaux sociaux (Facebook, Twiter, wiki collaboratif, …), les élus ne peuvent plus se cacher derrière je ne sais quelle difficulté technologique pour être connecté avec leurs administrés. Tout est possible pour expliquer leurs politiques, pour écouter les usagers, pour répondre à leurs doléances. Le Web 2.0. rapproche les élus des citoyens lorsque les premiers en expriment leur envie à travers le partage et le souhait de faire comprendre leur projet.
Veulent-ils que leurs administrés soient des acteurs et non plus simplement des électeurs tous les cinq ou six ans ? La réponse n’est pas aussi évidente, nous restons dans une culture aristocratique de la politique malgré les belles déclarations électorales ou médiatiques. Certains maires ou présidents de collectivité ont totalement intégré ces enjeux démocratiques, mais beaucoup y vont encore «à reculons ». Peuvent-ils accepter la critique ? Peuvent-ils participer à un débat qu’ils ne maîtrisent plus totalement ? Certes les internautes peuvent s’auto-organiser et influencer les échanges, mais faut-il encore qu’ils soient capables de réaliser une visibilité plus forte que celle de l’institution. Et puis, n’est-ce pas la preuve d’une démocratie avancée que de favoriser ce débat ?
Ne faut-il pas mieux des citoyens qui s’intéressent à la vie de la cité que des abstentionnistes prêts à suivre le premier populiste venu ? Les élus ont peur pour leur image et par conséquent pour leur réélection, pourtant il existe de nombreux moyens pour la contrôler.
Les outils du Web 2.0. sont classés en trois catégories.
La première permet de partager des contenus. En arrivant à la tête de la direction de la communication de la ville de Saint-Etienne en juillet 2008, nous avons créé un webmagazine « SaintéMag.fr » sur la base du magazine municipal, en y ajoutant en particulier une nouvelle rubrique video. On s’est très rapidement aperçu que simplement quelques dizaines d’internautes les consultaient. Avec l’utilisation de YouTube et Dailymotion, on touche immédiatement beaucoup plus d’internautes. La principale raison de cet écart provient qu’une majorité des informations concernant la collectivité n’est pas recherchée sur le site de celle-ci.
La première mission d’un service multimédia est de faire en sorte que l’information de l’institution soit vue par le plus grand nombre, et par conséquent qu’elle soit diffusée le plus largement possible sur les services en ligne. Ce partage libère la collectivité de certains problèmes techniques, comme l’encodage des videos ou l’espace sur le serveur. Partager l’information, c’est aussi donner la possibilité aux internautes d’enrichir les contenus. Des wikis sur l’histoire, le tourisme, la vie culturelle de la ville permettent sans difficulté d’atteindre cet objectif. Ce sont des choix politiques bien plus humains que financiers. Une ville comme Saint-Etienne, malgré sa situation financière, a la taille suffisante pour explorer ces nouveaux champs d’action. Simplement la volonté politique n’existe pas ou l’utilité n’est pas perçue par les responsables de la municipalité.
La seconde catégorie d’outils concerne les dialogues en direct : tchat ou clavardage. Au printemps, nous avons fait une première expérience pour le troisième anniversaire de l’arrivée de la municipalité. Plus de mille connexions en une heure, n’était-ce pas un beau succès populaire ? Depuis cette initiative est restée sans lendemain. Trop de travail pour le cabinet, trop de risques de dérapage, un investissement trop lourd … Une nouvelle fois, nous sommes en face d’une question de culture démocratique et médiatique.
Malgré un discours favorable à la démocratie participative des élus municipaux, nous n’avons pas pu créer un véritable blog territorial … pas d’information politique, pas de prise de position municipale, juste une information évènementielle. Il faut aller sur le blog du Maire pour trouver ce type de contenus, ce choix est respectable même si je considère qu’il y a un malentendu, car celui-ci n’aura jamais la crédibilité nécessaire pour permettre l’expression de l’ensemble des citoyens.
A la direction de la communication, nous pensions qu’avec la mise en ligne du nouveau portail internet, nous pourrions enfin développer cette fonction blog en autorisant les commentaires ou en diffusant des mini-sondages. Toujours pas … et pourtant il suffirait d’un seul clic et tous les contenus seraient alors « commentables ». Que risquons-nous ? N’avons-nous pas confiance en la maturité des citoyens ? Doutons-nous des projets présentés ? Des questions pour lesquelles je n’ai pas de réponse.
La troisième catégorie est tout ce qui touche aux réseaux sociaux, et particulièrement à celui qui a cannibalisé tous les autres. Facebook est devenu incontournable. Depuis plus de deux ans, la ville de Saint-Etienne a sa page avec aujourd’hui plus de 6000 amis. Deux règles ont été définies en accord avec le cabinet du maire. Les informations sont évènementielles, pas de prise de position de la municipalité afin de ne pas risquer l’embryon d’un débat, et les quelques commentaires sont retirés si ils expriment une critique.
Je suis fier d’avoir réussi à imposer cette présence sur internet, même si je suis frustré de cette sous-utilisation des réseaux sociaux au moment de mon départ. Je reste optimiste car je crois que nous avons fait le plus dur, « le ver est dans le fruit », et je reste persuadé qu’avant la fin du mandat une ouverture démocratique sur le net verra le jour.
Ce n’est plus de l’utopie, une révolution sociale est en marche. Nous ne pourrons pas accepter d’être à la remorque de pays qui se libèrent du joug de la tyrannie. En acceptant d’entrer dans une collectivité territoriale, j’étais persuadé que la communication publique allait être le moteur de la communication de demain parce que les citoyens allaient être plus exigeants que les consommateurs. Je ne doute pas qu’il existe encore des tas de questions qui demandent des réponses concrètes et opérationnelles, mais j’y crois toujours.
Qui est responsable des contenus diffusés ? Qui a autorité pour les contrôler ? Qui joue le rôle de community manager ?
J’ai toujours pensé qu’il valait mieux garder l’initiative, quitte à faire des erreurs, que l’on peut toujours corriger, que d’être dépassé par un mouvement spontané. Réforme plutôt que révolution, les institutions s’en sont toujours mieux portées.
Les élus doivent s’approprier les nouvelles formes de médiation. La vie réelle s’est déplacée, ils doivent le comprendre et l’accepter au plus vite, sans quoi ils perdront le peu de légitimité qui leur reste, surtout auprès des jeunes. Qu’ils comprennent que cela n’est pas qu’une question de communication mais bien la mise en place d’une nouvelle gouvernance. Lorsque le web 2.0. remplacera définitivement le microcosme politique, c’est toute la démocratie qui en sortira gagnante.