La France est une
nouvelle fois en décalage avec les autres démocraties occidentales, lorsque la
plupart d’entre elles généralisent le mandat unique depuis des années, nous
nous débattons à l’infini sur les bienfaits du cumul et sur notre incapacité à
trancher. Par contre nous n’hésitons pas à restreindre le droit fondamental
d’informer en limitant les dépenses électorales et en contraignant les
exécutifs à ne pas engager de nouvelles actions de communication un an avant
l’échéance. Il n’est donc pas évident pour les responsables de communication de
développer leur stratégie de manière efficace et pérenne jusqu’à la fin du
mandat.
Pour les collectivités
locales la cause est entendue, il va falloir se mettre en sommeil créatif, les
nouveaux projets devront attendre. Pendant près d’un an (en réalité 6 mois d’après
l’article L.52-8 du code électoral) la vie de la direction de la communication
va perdre de sa superbe, non pas que le travail va manquer car les élus vont
être triplement prudents de peur de se retrouver en situation d’inéligibilité.
L’opérationnel va prendre le pas sur le stratégique…
Il en est tout
autrement en 2013 pour les Conseils régionaux et généraux, le renouvellement
n’aura lieu qu’en 2015. Il reste par conséquent un an pour imaginer la fin du
mandat. Tout doit être fait pour rassurer les élus et convaincre les électeurs
de renouveler leur confiance à la majorité sortante - Et tout cela dans un
contexte économique et social très délicat –
Les collectivités
territoriales voient leurs ressources contraintes par la diminution des
dotations de l’Etat, ce qui aura à coup sûr des conséquences sur les budgets de
communication. Gestion rigoureuse, imagination, diminution des prestations
externalisées vont être des postures incontournables. Il faut reconnaître que
cet effort n’est pas nouveau. De 2008 à 2011, la ville de Saint-Etienne a
baissé son budget de communication de plus de 30%, sans réellement déceler une
baisse de la qualité des prestations. Ce sont dans les périodes de crise que le
professionnalisme se doit être sans faille.
Il n’est plus l’heure,
dans les régions et les départements, de se lancer dans de grandes réflexions
stratégiques, l’exécutif politique déploie ses derniers projets et tente de
limiter l’impact de la situation économique désastreuse. Selon un sondage IPSOS
pour le site Internet Atlantico, 83% des Français jugent nécessaire une baisse
des dépenses des collectivités. C’est une réalité incontournable qui ne doit
pas occulter le rôle majeur de celles-ci dans le développement économique de
nos territoires (les budgets des collectivités territoriales représentent plus
de 11% du PIB). Le rôle de la communication est aussi d’expliquer, à travers
les politiques publiques, l’importance des collectivités. Nous ne sommes plus
dans le « je dépense donc je suis » que l’on a souvent reproché à
celles-ci.
Une communication
didactique sans être rébarbative peut être un appui non négligeable à l’image
positive de la majorité politique. Les supports de communication traditionnels
(magazine, portail Internet, campagnes de publicité) doivent majoritairement
être consacré à cette explication politique. Ils sont cependant insuffisants,
il faut aller à la rencontre des citoyens à partir de manifestations publiques
mais aussi, et surtout, des réseaux sociaux, avec toujours à l’esprit la nécessaire
rigueur budgétaire. Oublions les paillettes et investissons la proximité. La
communication sur les services à la population reste la priorité des prochains
mois.
Mais cette période
pré-électorale peut être aussi l’occasion de faire de la prospective et de
réfléchir à la communication qui accompagnera le nouveau projet politique. Il
ne doit pas avoir de rupture, en cas naturellement de victoire électorale, et
dès l’installation du nouvel exécutif la direction de la communication doit
être en capacité de proposer les premières actions. Dans une société de
l’information, le « juste temps » et l’impact instantané sur le
récepteur sont des notions majeures de réussite.
Ces prochaines
élections se situent à un tournant de la démocratie, en particulier en raison de
la nouvelle étape de décentralisation. La nouvelle gouvernance territoriale va
nécessiter une participation accrue de tous les acteurs sociaux et économiques,
y compris les citoyens, dans l’échange des informations politiques, sociales, ou
culturelles. Chacun doit pouvoir exprimer ses sentiments, ses réflexions, ses
propositions. Nous allons passer, comme le souligne Dominique Wolton de la
« communication-transmission » à la « communication-négociation »
où l’émetteur doit compter avec l’intelligence des récepteurs et composer avec
leur retour critique. La crise nous a rendu perplexe sur la capacité des
politiques à résoudre nos problèmes, et les modèles existants ne fonctionnent
plus. Les technologies de l’information génèrent déjà de nouveaux horizons « révolutionnaires ».
Cette crise de confiance doit engager réellement l’ouverture aux
usagers/citoyens/clients et fonder de nouvelles relations entre les différents
acteurs. N’attendons pas pour agir, l’année qui est devant nous doit servir à
ce rapprochement.
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